Au cœur de ma recherche plastique se trouve une tension fondamentale : celle entre l’un et le multiple, entre la figure et son effacement, entre l’être et son altérité. Je m’attache à révéler ces moments fragiles où une entité émerge, se distingue, entre en contact — avec elle-même, avec l’autre, avec un lieu ou une mémoire — avant de se dissoudre à nouveau dans l’indéfini, de se fragmenter ou de muter.

A travers le dessin, la peinture, la sculpture ou l’installation, je cherche à explorer les différentes étapes des cycles d’individuation : jaillissement de la personne, conscience de soi, conscience de l’autre, fusion, absorption dans la masse, extinction, puis renaissance par l’altérité renouvelée. Mes œuvres sont peuplées de figures ambivalentes : des corps hybrides, agglomérés, démultipliés, parfois réduits à des fragments ou à des traces. Mon approche repose sur des tensions visuelles marquées — contrastes de densité et de vide, d’ordre et de chaos, de formes épurées et de structures organiques. L’espace qui entoure les corps, qu’il s’agisse d’éléments architecturaux, de paysages ou de vides abstraits, n’est jamais neutre : il absorbe, contraint, façonne ou libère les figures, participant tantôt à la réassurance, tantôt à l’étrangeté de l’ensemble.

Une partie de mon travail photographique s’inscrit dans le prolongement de cette recherche plastique. Dans certains autoportraits notamment, je cherche à donner forme à la confrontation intime de chacun avec ses propres altérités. Mais d’autres images, plus silencieuses, souvent dépourvues de figure humaine, fonctionnent plutôt en contrepoint. Ce n’est pas le sujet qui porte ici l’altérité, mais le regard : par le cadrage, le détail, l’angle choisi, je tente de déplacer le réel, de le faire vaciller, comme si un autre récit s’ouvrait à travers lui. Je cherche une photographie de l’écho plutôt que de l’événement, une photographie qui creuse l’instant pour en faire surgir un trouble — entre étrangeté et familiarité, entre distance et attachement. L’acte de photographier devient ainsi un processus d’individuation inversé : il ne fige pas un sujet, mais tisse une présence discrète entre le lieu, le temps et l’œil qui regarde.

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